Lectures
Le concert des puissants
par François Denord et Paul Lagneau-Ymonet.
Raisons d'agir, 2016, 139 p., 8 euros.

Les classes dominantes sont davantage fantasmées que réellement connues. Après les 200 familles, c'est aujourd'hui le discours sur l'oligarchie qui s'entend fréquemment, sans que les ressorts du pouvoir qu'exercent ses supposés membres ne soient réellement analysés. D'où l'intérêt du petit ouvrage que proposent ici deux sociologues qui travaillent déjà depuis un certain temps sur ce champ du pouvoir. S'ils passent assez rapidement sur les enjeux méthodologiques quant au recueil et au traitement des données, c'est pour laisser davantage de place à leurs résultats, largement illustrés, pour incarner un propos risquant autrement d'apparaître trop théorique.

Ils montrent notamment comment ce champ s'est reconfiguré depuis une trentaine d'années avec le triomphe du libéralisme. Celui-ci a battu en brèche l'opposition entre capital culturel et capital économique et surtout entre privé et public, "l'administration et la politique [étant désormais soumis] aux finalités de l'entreprise privée à but lucratif". Ils reviennent ensuite sur deux aspects mieux connus mais néanmoins essentiels à rappeler : d'un côté, le poids de la naissance dans l'accès à ces sphères, via notamment le système des grandes écoles, et de l'autre, la forte solidarité qui unit les membres de la classe dominante au-delà des concurrences plus ou moins mises en scène.

Igor Martinache

Alternatives Economiques, n°365, page 89 (02/2017)
Alternatives Economiques - Le concert des puissants